La révolution littéraire 2.0

Une fiction #140 ☛

Du calame au clavier, de l’argile à l’écran, dans le continuum de l’actualité, qualifiée parfois de « littéraire », deux nouveaux venus méritent attention :

  • Le festival de la fiction sur twitter, lancé ce mercredi 26 novembre pour 5 jours, il consiste à raconter une histoire, en un ou plusieurs tweets de 140 caractères maximum, bien évidemment !
  • «La nouvelle 2.0», qui sous ses atours de cadavre exquisément numérique, s’inscrit en droite ligne dans la campagne promotionnelle du tome 1 l’Alliance des trois, de la série AutreMonde de Maxime Chattam. Ce jeu-concours lancé sur  Twitter a migré le 26 novembre sur facebook, et prendra fin le 10 décembre 2012.

De petites investigations s’imposaient. Quelques clics plus tard, je faisais une découverte majeure, celle d’un terme consacré à ce movement : la twitteratureLe Petit Robert n’a pas encore adopté ce néologisme, mais j’avoue volontiers que j’appréhende déjà ce jour.

Twittérature

Concentrée sur mes lectures, j’essaie de chasser ce tendre rictus niché au coin de mes lèvres, car perplexe je suis et perplexe je resterais. Au delà de cette aberration sémantique assourdissante, la lecture de quelques twittérateurs(ses) a conforté plutôt que dissiper mon appréhension. 

Quand – pour un défi de 140 caractères – l’économie de la ponctuation et la déconstruction syntaxique, s’acoquinent à la « pollution visuelle» du flux ininterrompu de tweets, retweets et autres clavardages, comment ne pas être sceptique?

Pour ne rien gâcher, le second sobriquet de la twittérature est « nano littérature », certains la qualifient même «d’expérience littéraire ».

La twittérature s’inviterait, donc, sans autre forme de procès, sur l’étagère de la Littérature, à côté du Roman et de la Poésie ?

Bien que fascinée par la créativité foisonnante de ce 21ème siècle résolument numérique, je me garde de brader mon esprit critique à l’autel du « tout nouveau, tout beau ».

Faisons un peu d’anticipation et appliquons à la théorie économique de la “destruction créatrice” (Schumpeter) au cas présent :  imaginez donc une nano-seconde un monde où les livres seraient écrits en nano-littérature! N’y aurait-il pas de quoi s’inquiéter pour la Littérature? Celle qui exprime, annonce, dénonce; qui analyse, raisonne, interroge et qui édifie, boulverse, émancipe.

A ce jour, la twitterature, à défaut d’être un genre littéraire, s’apparente tout au plus à un genre d’écriture.

Or, de l’écriture à la littérature, il y a une longue histoire, celle des beaux-arts. Une question s’impose : la twitterature aura-telle les moyens de contribuer à cette fabrique? Seul le temps nous le dira.

Votre Hôte

 

Envie d’aller plus loin? : Institut de la twittérature comparée  //  sur twitter : rechercher #twitterature ou Twitterfiction

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