Rengaine

Un conte du bitume ☛

Il était une fois un conte des temps modernes, un conte du bitume, gravé dans l’asphalte parisien, porté par la quête de liberté et entravé par les hasards de l’existence. Rien de révolutionnaire en soit, juste la vie, la sempiternelle rengaine d’un drame burlesque. Aucune caverne à ouvrir, mais un trésor à protéger, celui des traditions.

Les idées scandaleuses sont de vielles rengaines qui passent inaperçues en s’abritant sous des habitudes – Marcel Aymé

Sabrina et Dorcy, décide de se marier malgré l’assentiment de leur famille respective. Roméo et juliette auraient difficilement pu faire mieux, elle est maghrébine et lui originaire d’Afrique subsaharienne.

Rachid Djaïdani, dans un tempo endiablé, caustique par les mots et attendrissant par ce pastiche de famille, tant celle que l’on choisit que celle dont on hérite, nous dépeint un Paris comme on ne le regarde plus. Sous ces lumières crues, aigues parfois, sous-exposées souvent, ce grain photographique dur et ces plans chamboulés en caméra portée, tous les ingrédients du drame des milles et une nuits sont convoqués pour calquer une réalité.

Au prime abord, le spectateur gobe une pleine louchée de préjugés et idées reçues sur les quartiers populaires nord parisiens, tel un réquisitoire corrompu : dans la précarité, sous pression communautaire et par besoin d’appartenance, se dresse une lutte identitaire entre blacks et beurs, dont l’évidence des liens d’amitié ne permet pas de surmonter le tabou des liens amoureux.

Pourtant, au delà du parcours de ces populations issues de l’immigration, l’oeuvre en dit plus que ce qu’elle exhibe. La race, le genre, les traditions, ne seraient finalement qu’un prétexte, une toile de fond pour poser le décor.

Pour illustration, cette fratrie de 40 bonshommes, amusante excentricité du réalisateur, au risque de déranger, matérialise aux yeux de tous l’idée de “cette immigration” prolifique et envahissante. Puis habilement la métaphore est détournée pour mettre en lumière la diversité et la richesse de la société française, par cette famille dont les membres tous abreuvés au même ruisseau, débouche sur des ramifications d’individualité aussi riches qu’étendues.

Les personnages apportent chacun leur témoignage sur la complexité de l’individu par delà les races, la culture, les origines, mais dans la diversité. Les contradictions des uns, la mémoire sélective des autres, la bonté d’âme des derniers et l’humanité de tous, permettent de dépasser les frontières raciales apparentes et nous plonge dans un univers où l’on pourrait tout aussi bien s’appeler Soukaïna, Cheikh ou encore Paul.

Enfin, des Abesses à Bir Hakeim, dans la pénombre de la salle de projection, le spectateur est embarqué pour une excursion touristique dans une ville qu’il connait, mais découvre autrement – A la manière de Woddy Allen dans “Minuit, à Paris”, la poésie mielleuse en moins, mais chargé d’une affection tangible pour la ville-lumière.

Rengaine, une invitation à dépasser notre héritage social et culturel et à avoir foi en une société, dont le blason, non redoré, mais bleu, blanc, rouge ouvre un champs infini aux possibilités du vivre ensemble en exerçant librement son individualité mais sans entraver la liberté d’autrui.
 
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